vendredi 10 septembre 2010

Henry, de Francis Kuntz et Pascal Rémy



Raclure parmi les minables, Henry est un con. Un "sale gros con" tiens. Et pour cause. Mine basse, cheveu gras, regard dédaigneux et canin, il traîne sa carcasse de raté, à l’affût de la moindre faiblesse, naïveté ou même générosité de ceux qui l’entourent, y compris les plus proches. Il n’aurait par exemple aucun scrupule à faire interner sa sœur, fragile psychologiquement, ou à escroquer la mère de son défunt ami.
Si ce type est aussi haïssable, ce n’est pas pour rien. Henry, c’est le frère siamois de Francis Kuntz, l’un des reporters de l’émission Groland, sur Canal+, qui s’en va micro en main sonder les petites gens du pays grolandais qu’il brocarde de son mépris fascisant. La seule différence est que Henry est musicien. Pour le reste, ils ne sont qu’un seul est même interprète, en l’occurrence Francis Kuntz (aka Kafka pour les initiés) qui se met lui-même en scène, assisté de son acolyte Pascal Rémy.
Sans qu’il n’y paraisse, Kafka nous fait avec Henry, le film, son récital de bassesses toujours bien senties et jouées. Il élargit la palette des méfaits de son personnage fétiche et s’attache à donner un droit de réponse à ses victimes, pas toutes dupes heureusement, ce qui le rend encore plus réel. Et le scénario n’est pas si mal peaufiné que cela avec sa petite morale qui va bien. Nouvelle déclinaison sur grand écran de l’esprit satirique et comique des auteurs du Groland, Henry est plus accessible à un large public que les premières réalisations quelque peu abstraites du duo Benoît Delépine - Gustave Kervern (Aaltra, Avida), mais moins jouissif que Louise-Michel, leur troisième long-métrage (pas encore vu Mammuth, leur dernier opus). Cette comédie amère a également le mérite de ressusciter Elise Larnicol (la grande conne des Robin des Bois) et fait la part belle à des dialogues et répliques assassins. Un régal pour les fans.

Petit aparté régionaliste auto satisfait : le film a été tourné à Nancy, d’où Francis Kuntz est originaire. La boutique de musique qu’il gère sournoisement dans le film existe vraiment puisque c’est la sienne, en vrai. Les Nancéiens auront la fierté de découvrir en faux (parce qu’en vrai on a pas besoin d’aller au ciné pour les voir) : la prestigieuse Place Stan’ (qu’Henry traverse avec sa gratte), la Place Dombasle, la Pep’ (où il se fond avec les macaques), l’Hôtel de la Reine (où il fait son deal pourri avec Kervern), l’Hôpital Central, le cimetière de Préville et quelques adresses notoires de restos (L’Arrosoir, La Primatiale) et bars (Les Artistes, L’Echanson). Après Philippe Claudel et son Il y a longtemps que je t’aime, voici donc un second ressortissant de la cité des Ducs de Lorraine à passer derrière la caméra pour un résultat satisfaisant. De là à dire que le cinéma français devrait plus souvent passer par la Lorraine pour être bon…
Tant que je suis dans le patriotisme local, je fais un peu de promotion pour l’heureux Festival Aye-Aye consacré depuis plusieurs années au court métrage et qui s’achève ce week-end.

- Stonimètre : 4/6
- Sortie cinéma le 31 mars 2010 - DVD le 18 août 2010

2 commentaires:

  1. Y'a une place Arielle Dombasle à Nancy ????

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  2. Encore heureux tiens! On sait récompenser le talent dans l'est.

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JE PENSE DONC J’ÉCRIS :