mardi 7 septembre 2010

Le guerrier silencieux (Valhalla rising)***

Pour être le réalisateur de carnages tels que la trilogie Pusher et, dernièrement, Bronson, le Danois Nicolas Winding Refn ne risquait pas de faire dans la dentelle avec cette histoire de Conan le barbare muet, hache greffée à la main, toujours sur le qui vive dès qu’il peut y avoir moyen d’éventrer ou décapiter ses bourreaux ou acolytes de circonstances. D’ailleurs, il n’y a pas de secret. L’ultra-violence est le leitmotiv qui caractérise chacun (ou presque) des personnages de ses films. Le comportement radical et destructeur de ce Guerrier silencieux - très bien joué (ou plutôt mimé) par un autre mangeur de salami, Mads Mikkelsen (Le choc des Titans, After the wedding) -, à l’égal de celui du taulard bestial Bronson, traduit une vision particulièrement nihiliste voire misanthrope du réalisateur.

Cette obsession est un nouveau prétexte à mettre (plutôt bien) en scène une violence visuelle et racoleuse facile, et, plus ennuyeux encore, rébarba(r)tive. De façon moins manifeste que pour Bronson, Winding Refn s’abstient toutefois d’être convaincant dans son récit, même si on a bien saisi l’idée convenue que la prédication ce n’est plus très bien aujourd’hui car elle est source d’injustices et sauvageries. Le distributeur a beau prétendre que One-Eye (il est borgne c’est pour ça) est "venu pour en finir", ses desseins et cicatrices intérieures, s’il en a vraiment, sont transparents. Prêt à tout pour épater le public en metteur en scène puncheur qu’il est, Nicolas Winding Refn y va même, dans les derniers chapitres du film (ah oui, il est composé de six chapitres, mais ça ne change rien au problème), d’une allusion contrefaite et mystique au Apocalypse now de Coppola. Le son strident et peu musical qui augmente, le mec transpercé par une flèche venue de nulle part, d’autres qui commencent à se rouler dans la boue sans raison, le One-Eye qui fait une pyramide de Lego (en pierre évidemment), tout cela sur ou au bord d’un fleuve entouré d’une forêt nébuleuse et hostile… on se croirait arriver dans le repaire du colonel Kurtz. Mais en fait non. C'est fou ce que le Scandinave peut être fourbe.

Première publication le 01/09/2010 à l'adresse http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-281223-le_guerrier_silencieux__valhalla_rising.htm

7 commentaires:

  1. Une critique assez juste, un film comme tu le précises "rébarbatif", à mes yeux plus au niveau du scénario que de la mise en scène. Cette dernière est tape-à-l'oeil, voir "j'me la pète" si je peux me permettre l'expression, mais fait finalement son petit effet dans cet ensemble très hypnotique. C'est le récit qui est un peu juste, une histoire en chapitres totalement inutiles et quelques détails invrésemblables. Certains (voir beaucoup) seront pexplexes, mais c'est tout de même une expérience ciné des plus sympathiques. Pour ma part ça a été mi-figue mi-raisin, mais plus raisin quand même.

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  2. Hypnotique et le mot qui convient en effet Max et c'est aussi le but recherché par le réal'. Et ça pourrait fonctionner (la preuve avec Apocalypse now).
    Sauf que le gros problème de ce gros malade (parce qu'il faut quand même dire que ce type est dingue rapport à la violence étalée) c'est qu'il n'a rien à raconter. Donc le coup du guerrier muet ça tombe à pic. Dans Bronson déjà j'avais été étonné par cette carence narrative.
    "Tape-à-l'oeil" résume en effet ce qui symbolise le cinéma de ce mec.

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  3. Tape à l'oeil, c'est clair, Refn est du genre à "péter plus haut que son cul" si je peux me permettre l'expression, j'ai vu une interview de lui et il est très fière de ce film, c'est son chef d'oeuvre selon lui. Ce sentiment se ressent à travers certains plans très "poseurs", au détriment d'un véritable scénario écrit comme on le disait.

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  4. Euh, je suis pas sûr d'avoir tout compris dans ta critique. En tout cas moi je l'ai vu au ciné à 22h un soir d'hiver et je m'en souviendrai longtemps...quand à dire que j'ai aimé, c'est autre chose !

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  5. Ben vas-y, dis-voir ce que t'as pas compris, que je comprenne.

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  6. Bonjour ! Bien que je passe souvent sur ce blog, je ne laisse pas assez souvent de commentaires, je le regrette et je vais y remédier sous peu !
    Car votre ( ton ? je me le permettrai sous autorisation du godfather ;) ) blog est vraiment excellent, très bien écrit, très agréable et très simple dans sa navigation;
    J'ai choisi de poster mon premier commentaire sur Valhalla Rising car c'est un film que j'ai apprécié et je suis un peu en désaccord avec cette critique tout en y trouvant rien à redire ! Paradoxal hein ? Preuve du talent de l'auteur ! Mais j'y ai vu non pas une simple allusion à Apocalypse Now, comme ça pour faire joli, mais plutôt une ré-interprétation de la matière psychique du film de Coppola très intéressant sur la notion de violence, recadrer sur le modèle d'une violence primaire, sauvage, la plus explicite possible, là où dans Apocalypse Now c'était plus une affaire de sous entendus, une manière de critiquer l'esprit belliqueux américain.

    Voilà j'ai fini mon speech, espérant avoir correctement défendu mon steack ;)
    Bonne journée et encore félicitations pour ce blog, que je me permet d'ajouter en lien !

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  7. Je vous ordonne de me tutoyer! Of course. Et je te remercie pour cette avalanche de louanges qu'il va falloir tempérer ;-).

    Ton complément d'analyse semble aussi bien vu, autour d'un film sujet à débat et d'un réalisateur qui l'est à controverse.

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