dimanche 24 octobre 2010

Kaboom


A l’aune du savoir infini et globalement inexpliqué dont regorge l’univers, le cerveau humain est sans aucun doute l’autre phénomène le plus extraordinaire que l’on connaissance. Tout autant qu’un autre, celui de Gregg Araki mérite d’être disséqué. Il serait alors curieux de déterminer la genèse de Kaboom, son neuvième long métrage particulièrement sibyllin et vecteur de scepticisme.

On savait le cinéaste américain aux racines asiatiques instinctivement porté sur la question de l’adolescence croulant sous une quête existentielle ravageuse au travers de portraits marqués par toutes les expérimentations sexuelles et des dérives parfois mortelles. The doom generation, datant déjà de 1995, s’inscrit comme le fleuron de ce cinéma trash et artistique tandis que l’adulé Mysterious skin (2004) se montre toujours plus intransigeant et (trop) explicite. Kaboom, nouvel essai très "arakien" dans son approche d’une jeunesse (dés)abusée, ne déroge pas à ces traditions. Les personnages : des étudiants issus d’un campus universitaire (mais on est bien loin du cliché champions de foot ou de basket-ball et pom-poms girls), aussi différents que complémentaires, aimeraient prendre en main leurs convictions et un destin qu’ils ne maîtrisent évidemment pas.
Au premier plan, Smith est un jeune éphèbe brun aux yeux bleus qui incarne une sorte de pureté bien fragile. Il est idéalement mis en lumière par Thomas Dekker (qui n’est pas sans rappeler le Jared Leto de Requiem for a dream) et se montre indécis sur son orientation sexuelle définitive. C’est pourquoi il est tout ouvert aux opportunités quelles qu'elles soient et répond aussi généreusement aux attentes répétées de l’affamée London qu’aux propositions diverses de mâles en rut. A côté de ça, il aimerait bien se taper Thor, son partenaire de chambrée hétéro involontairement inspiré du Brice de Nice de Dujardin, quand il ne disserte pas de tout ce foutoir avec Stella, sa confidente brouteuse de gazon, elle-même harcelée par une girlfriend nympho et ensorceleuse.
Toutes ces personnalités, Gregg Araki sait parfaitement leur insuffler les sens du corps et de l’esprit pour ensuite les confronter. Cependant, faute de renouvellement de ses premières intentions, il ne fait que s’auto paraphraser. Tout juste pourra-t-on savourer la scène du mode d’emploi du clitoris savamment récité par la peu chaste London, alias Juno Temple (vue dans Mr. Nobody). Travail appliqué, et empirique, dans tous les sens du termes.
Mais Kaboom ne s’arrête pas à ces considérations sociologiques ressassées. Sous l’impulsion d’hallucinations prenant la forme de persécutions meurtrières, ressenties et redoutées par Smith (et d’autres), Araki s’engage dans une voie fantastico-apocalyptique qui s’apparente plus à une diversion extravagante qu’à une incursion inattendue et opportune dans un genre nouveau. La seconde partie du film prend ainsi des allures de thriller sans qu’on y croie vraiment, faute d’évidence. Et pour cause : le dénouement, simpliste et schématique, relève d’un gag saugrenu en vogue et guère digne d’un metteur en scène qui aime à bousculer le conservatisme ambiant.

Voila donc de quoi ressortir d’une séance avec une moue joyeusement grimaçante en prémices à bon nombre d’interrogations. Et ce n’est pas grâce à son titre - à résonance certes explosive mais qui découle déjà de l'aléatoire - que Kaboom nous aura envoyé ses premiers éléments de réponses.

ndla : Merci à Raphaël de Way to Blue pour l’invitation à la séance

2 commentaires:

  1. A croire que tu n'as pas voulu te laisser embarquer finalement... La réticence cartésienne "stonienne", sans doute. Car si la fin te paraît "simpliste et schématique", il ne semble pas que la volonté d'Araki fut de l'inscrire dans une quelconque vraisemblance. Ou alors aurait-on eu droit à un tout autre film. Kaboom propose une narration dont il faut d'emblée accepter les envolées, aussi improbables fussent-elles, au risque sinon d'être débarqué sans sommations.

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  2. Le problème n'est en rien d'être cartésien ou non mais de pouvoir croire dans le voyage proposé par le cinéaste.
    Je me suis laissé faire au départ ce qui est indispensable pour entrer dans une aventure arakienne, mais entre les poncifs d'usage et les velléités surnaturelles suivantes, j'ai clairement eu le sentiment qu'il ne savait plus très bien où il allait lui même. Normal quand on accouche d'un ovni.

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JE PENSE DONC J’ÉCRIS :