jeudi 28 octobre 2010

Les petits mouchoirs

Quand un cinéaste annonce qu’il sort d’un cycle de trois années passé à travailler intensivement sur un même projet pour accoucher du "film de (sa) vie", on est enclin à s’attendre à un résultat proche de la perfection (me vient en tête la cas Avatar et son orfèvre James Cameron). Quand ce cinéaste se nomme Guillaume Canet, qu’il est un acteur français jeune mais confirmé et naturellement populaire, qu’il a déjà pris le risque de passer derrière la caméra avec la réussite que l’on sait (Mon idole, Ne le dis à personne), qu’il explique avoir livré une œuvre qui "parle de la vie dans tous ses états, de la joie d’être entre potes, mais aussi de la gravité des situations dans lesquelles on peut se trouver quand on est justement entre potes", et qu’il a choisi les meilleurs acteurs de sa (de notre) génération - ses potes justement - tels que François Cluzet, Benoît Magimel, Gilles Lellouche, Marion Cotillard ou Jean Dujardin, on peut difficilement contenir son enthousiasme. On a envie de remonter la file d’attente comme un dératé et être le premier à prendre place dans son fauteuil, sourire crédule. On est prêt à crier "Allez Guillaume, montre-nous que tu es le Roi !". On est chaud, on est bouillant. On y croit, tout simplement. Et puis, à la fin, on a vu Les petits mouchoirs. Et on pleure, beaucoup et abondamment, mais pas de bonheur ou d’un adorable chagrin. Non, on pleure de dépit.


Ce dépit est à la hauteur des espoirs placés dans un film qui promettait de s’inscrire comme une référence hexagonale du buddy movie dramatique ; il est univoque et péremptoire. Guillaume Canet a beau déclarer avoir fait son film "avec tellement de sincérité que si on critique ce travail-là, je n’aurai (…) rien à me reprocher, je sais que j’ai fait de mon mieux", la liste des failles décelables dans Les petits mouchoirs est longue et sujette à toutes les critiques, et à guère de compliments.

Le synopsis est le fruit d’un problème de santé, lequel, il y a quelques années, avait immobilisé Guillaume Canet sur un  lit d’hôpital pendant un mois. A l'écran, c’est un grave accident de scooter qui envoie Jean Dujardin en service de soins intensifs alors que ses amis s’apprêtent à rejoindre la demeure estivale de Cluzet comme chaque début d’été. Injecter une dose d’empirisme dans un script pour le rendre plus vrai et plus proche du spectateur, et y parler de ses propres souffrances est tout à fait loyal. Utiliser un événement imprévisible et tragique pour créer un déclic propice à se parler vraiment l’est tout autant. Malgré ses inspirations prises notamment chez Lawrence Kasdan et John Cassavetes, Canet ne parvient pourtant jamais à rendre son décor réaliste. Les fameux secrets qui sont amenés à ébranler le groupe et si possible à être brisés ne sont en fait que quelques cicatrices individuelles mal refermées. Ils ne relèvent en rien d’un socle d’amitié mensonger, ni de trahisons d’un Judas. Seule la relation installée entre Magimel et Cluzet pourrait justifier d’un malaise latent. Mais c’est là que Canet s’est également fourvoyé.
Le point de départ de ces querelles est aléatoire et plus inhérent à celui d’une comédie de situation à la Francis Veber qu’à une expérience de vie saisissante à la Claude Sautet (dont Vincent, François, Paul et les autres eut été le meilleur parangon imaginable).
Il en découle que la plupart des personnages manque de justesse dans leur tempérament et comportement. Laurent Lafitte jouant les ados débiles et sans expérience, Cluzet exagérément irascible et métamorphosé en Jack Nicholson version Shining, Lellouche en tombeur insatiable et finalement désintégré quand il se sait quitté, tout cela est forcé.
Par répercussion, certaines scènes à caractère comique ou tragique sonnent totalement faux et desservent le propos là où la volonté était de le conforter. On peut citer l’incident de bateau quand Lafitte se précipite sur son portable pour répondre à un texto, l’expression de la colère de Cluzet qui s’en prend verbalement aux enfants ou physiquement aux parois de sa maison. Mais aussi, et surtout, c’est la séquence finale qui, s’en en divulguer la nature, atteint un summum de condescendance larmoyante. Après cent cinquante minutes d’un film où on aura en permanence (et en vain) souhaité et attendu d’être touché et envahi d’émotions par une identification à tel(le) ou tel(le) personnage (c'est quand même ce qui nous avait été vendu par Canet puis relayé par les médias), cette insupportable conclusion ne fait qu’accélérer le ressentiment envers un film qui nous a menti.

Les petits mouchoirs, très médiocre donc, vient affaiblir la légitimité du César du meilleur réalisateur que Guillaume Canet avait obtenu en 2007 pour son thriller Ne le dis à personne. Toujours en effervescence, il s’attelle actuellement à réécrire - en compagnie de James Gray (excusez du peu) - le remake US des Liens du sang, très bon polar de 2008 dans lequel il campait un jeune flic confronté à un frère aîné truand et idole de la famille (encore Cluzet). Un exercice collégial, et moins risqué, qui se rapproche de Ne le dis à personne et qui devrait lui permettre de redorer son blason. C’est tout ce que je lui souhaite.

- Sortie cinéma le 20 octobre 2010
- Situez Les petits mouchoirs parmi les films sortis en 2010

6 commentaires:

  1. Ne le dis à personne, c'était déjà une grosse farce .... :-)

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  2. Le jour où Ronnie dira du bien d'un film français... (il y aura plus de 3 bons films français par an) :-)

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  3. Je suis d'accord avec la majorité de tes critiques mais là, je te trouve extrèmement dur étant donné que j'ai adoré le film. En tout cas, ce film divise.
    Celà dit, Ne le Dis à Personne est un film clairement surestimé.

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  4. Il faudrait voir (ou revoir), outre les Kasdan et Sautet, quelques films comme Peter's friends de Kenneth Branagh ou le dogmatique Festen pour réaliser à quel point ce film chorale-là est vraiment un nanar.
    Quant à Ne le dis à personne s'il est surestimé (c'est pas faux) que dire ces Petits mouchoirs???

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  5. les petits mouchoirs : film le plus nul que j'ai vu dans ma vie ; du début à la fin : ennui total, pas de vibrations,scènes mises bout à bout sans aucun intérêt, aucun fil conducteur, dès le début, on se doute de la fin qui est pire encore avec son pathos excessif que tout le reste du film
    conclusion : nullissimme, film que je déconseille à tous ; donnez votre argent à des réalisateurs moins connus mais autrement plus intéressants sur tous les plans j'ai envie de dire : "remboursez!"

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  6. J'aime beaucoup cette critique, qui vise juste. Les petits mouchoirs, un film pas profond du tout qui joue la carte des sentiments dans un drame bien débile. Et pourtant y avait du potentiel avec les personnages, qui restent inexploitées par des scénaristes et acteurs qui ne s'investissent pas à fond.

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