lundi 11 octobre 2010

Vous allez rencontrer un bel et sombre Inconnu


C’était prévisible et rien n’a pu le démentir : les motifs de contentement de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu sont maigres. Il était pourtant réel et éloquent ce plaisir de voir évoluer de nouveaux grands comédiens chez Woody Allen. Les présences de l’élégante et nécessaire Naomi Watts (Mulholland Drive, King Kong, Les promesses de l’ombre), du toujours (plus ou moins) frétillant Anthony Hopkins, de la beauté orientale Freida Pinto (Slumdog millionaire) et du bougon Josh Brolin (No country for old men, W. - L’improbable président et déjà aperçu dans Melinda et Melinda) procuraient le ravissement des grandes interprétations, mais ne suffisaient évidemment pas à sauver cette énième comédie sentimentale woodyallenienne d’une longue et constante léthargie trop vite incurable.

Bien qu’avec le fracassant Match point (2005) et, à un degré moindre, Le rêve de Cassandre (2007), le réalisateur new-yorkais nous avait surpris, ces derniers temps, à s’écarter de la voie du radotage vers laquelle il s’était engouffré depuis fort longtemps, le naturel reprenait ses droits avec hâte. Il faut dire qu’à 75 ans bientôt et 45 films au compteur, papy Allen a déjà largement fait le tour des sujets qu’il est en mesure de nous proposer. Compte tenu de l’actualité nécrologique, on s’abstiendra toutefois de le cataloguer au titre de "Claude Chabrol américain".
Avec son titre suggestif, Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu annonce joliment les sempiternelles possibilités amoureuses inévitables dans le cinéma de Woody. Mais les émois de ses personnages, si passionnés et irrépressibles soient-ils sont définitivement convenus et n’emballent plus un public qui trouvera une portée somme toute plus romanesque avec le déjà peu emballant Vicky Cristina Barcelona.
En sus d’une émotion réciproque (personnages / spectateurs), ce qui manque également cruellement aux films actuels de Woody Allen, c’est Woody Allen lui-même. A l’image de Clint Eastwood, les maîtres vieillissants préservent leur santé. Soit. Mais à se concentrer exclusivement sur la réalisation, c’est l’absence de la fragilité, la culture, l’humour, l’indélicatesse et encore la finesse du Woody Allen comédien qui nuit un peu plus à la nécessité de ses oeuvres.

Si les femmes et actrices ont toujours obsédé la vie du réalisateur de Hannah et ses sœurs en dehors comme sur les plateaux de tournage, les personnages féminins de Vous allez rencontrer un bel et sombre inconnu semblent particulièrement et systématiquement égratignés, ce qui confère à cet aspect misogyne la relative seule nouveauté du film. Exemples en pagaille. Spécialiste des Arts ratée, Sally (N. Watts) est honnête, mais elle se délite dans l’adversité (voir son triste numéro de charme face à Antonio Banderas) et devient vénale et agressive face à l’insupportable comportement de sa mère dont les décisions ne sont prises qu’en corrélation avec les pronostics astraux de sa voyante. Sous le charme de Roy, l’apparemment pure Dia (F. Pinto) finit par faire capoter son mariage au tout dernier moment, tandis que Charmaine, la bimbo dont s’entiche Alfie (A. Hopkins), est évidemment plus intéressée par son portefeuille que son sex-appeal. Les défauts des personnages masculins, pourtant pas minimes, semblent plus facilement excusés. Faudrait penser à prendre un peu, voire beaucoup, de repos maintenant Woody.

Sortie cinéma : 6 octobre 2010

4 commentaires:

  1. Jolie critique, complète et perspicace. Rien à redire...

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  2. Thanks buddy, you're welcome!

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  3. Misogyne? Qu'on n'ait pas aimé "You will meet..." (c'est compréhensible, il est un peu mou, pas neuf) ne doit pas entraîner de faux procès pour autant. Je trouve au contraire qu'Allen est plus indulgent avec les femmes qu'avec les hommes de son film : Naomi Watts est le personnage le moins égratigné (mais pas le plus épargné) du film, malgré son accès de colère final, assez vénal il est vrai ; mais devant la bêtise butée de sa mère, on peut difficilement lui reprocher. Quant à Helena/Gemma Jones, bien qu'elle semble définitivement timbrée, c'est quand même celle qui s'en sort le mieux (alors que c'est elle qui était partie la plus mal !) dans ce dénouement joliment ironique.
    Il me semble que le pire des personnages demeure ce salaud de Roy, qui commet les pires saletés du film, et en sera d'ailleurs cruellement puni (belle pirouette à la "Match Point"). Mention spéciale à Antonio Banderas (meilleur que d'habitude), qui rentre bien dans les cadres du faux lover médiocre.

    Là où je te rejoins, c'est pour dire que cet opus est plutôt faible, (quoique jamais mauvais) : chacun de ses films, depuis le chef-d'oeuvre "Match Point", est un peu moins éclatant, un peu moins original et entrainant que le précédent. Mais il conserve toujours un petit quelque chose de piquant et de délicieux. Quant à remettre Woody devant sa caméra, là aussi je suis d'accord, disons pour 1 film ou 2 (il n'y a qu'à voir tout le bien que sa présence faisait au récent "Scoop").

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  4. Vu hier. Et j'ai pu me tromper, mais j'ai bien cru l'y apercevoir, Woody, dans ce film... A la manière d'Hitchcock, il est vrai (homéopathique). Moi, ce qui m'a le plus gêné, c'est cette impression de "séquences enchevêtrées", mais inabouties... Qu'arrivera-t-il ensuite? Et ça m'étonnerait bien qu'il nous asse une suite, c'est pas le genre de la maison. Malheureusement? Une "comédie humaine" à la WA avec personnages réapparaissant en explicite et non en allusif, ça serait pas mal, non?
    (s) Ta d loi du cine, "squatter" chez dasola

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JE PENSE DONC J’ÉCRIS :