mercredi 16 mars 2011

Black Swan

Le ballet, milieu spécifiquement autarcique, select et plus qu'exigeant avec ses danseuses étoiles plus ouvrières que... stars, n'avait jamais était présenté en toile de fond principale d'un long métrage de premier plan. Avec Black Swan, c'est désormais et définitivement chose faite. Cet environnement atypique (et donc rare et stimulant) est un prétexte judicieux de la part du virtuose Darren Aronosfsky pour planter le décor d'une grande tragédie.
Après The wrestler, le cinéaste trace de nouveau un portrait contrasté d'un être qui se (re)cherche tout en se perdant. Avec cette fois une autre forme de majesté grâce à la méticulosité d'un récit très habilement ajusté autour du ballet Le Lac des Cygnes (de Tchaïkovski et à la puissance dramatique très shakespearienne), pour lequel une danseuse en quête de reconnaissance et assurance se prépare à interpréter le rôle majeur. La schizophrénie inhérente au personnage accolée à la fragilité et au doute accablant la danseuse-actrice font avancer protagonistes et spectateurs dont un tunnel sombre, inquiétant et envoûtant. Alors que pour son précédent rôle de "simple" femme au foyer dans Brothers, Natalie Portman laissait exploser un talent jusqu'alors brut, ce rendez-vous sous les plumes d'un cygne tantôt blanc, tantôt noir, cristallise un génie pur qui transcende comme rarement l'impact émotionnel du film. Ce rôle aussi éprouvant que primordial la fait s'apparenter aux plus belles et grandes actrices du milieu du siècle dernier (dans divers registres, je pense à Ingrid Bergman ou Audrey Hepburn). Evidemment c'est sans combattre que Natalie Portman était censée remporter l'Oscar le mois dernier. Evidemment ce fut le cas, et avec une évidence quasi mathématique. Et évidemment, l’attendrissante Mathilda de Léon est aujourd'hui devenue la plus grande comédienne d'Hollywood. Pas moins. A ses côtés, Vincent Cassel reste un honorable faire-valoir.

Assez loin de la bizarrerie insondable et romanesque de The fountain, Black Swan n'est toutefois pas le maître-film de tous les films comme ça a pu être prétendu avant même sa sortie. La première raison que ces allusions étaient emphatiques en est le scénario. Bien qu'habilement tissé comme suggéré plus haut, ce dernier manque d'étoffe, de rebonds. Il se montre par exemple trop itératif dans les voies qu'il entrouvre et n'a pas de caractère vraiment étonnant. Ce qui amène à un second début de faiblesse: Aronofsky avait déjà opté pour ce type d'histoire précipitant vers l'abîme des personnages sans repères et aliénés. Avec une matière plus fournie, plus étayée et finalement... plus stupéfiante, Requiem for a dream nous avait mis, il y a maintenant une décade, une authentique grosse praline en pleine face. Et nous avions tendu l'autre joue. En guise d'écho, Black Swan est une gifle, franche la gifle.

Sortie: 9 février 2011

Ndla: un petit sondage sur la filmo d'Aronofsky est à votre disposition un peu plus haut à droite pendant encore plusieurs jours avant debriefing.

2 commentaires:

  1. N'ayant vu que Requiem & The Wrestler, je m'abstiendrai de voter, mais il me tarde de voir ce cygne noir, malgré la présence de Cassel qui ne m'inspire pas, ne m'a jamais inspiré, et ne m'inspirera pas vraiment. Probable que sans lui, je me serai déjà ruer dans les salles, mais bon, j'attendrai une location blu-ray.

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  2. Franchement, le Cassel (que personnellement je sais apprécier sans particulièrement l'admirer), il gêne pas du tout ici. Il est plutôt bon en chorégraphe star et manipulateur. ça passe très bien. Donc go.
    Regarde moi, j'y arrive pas avec Charlotte Ginzburg et pourtant fallait bien voir le très grand 21 grammes. C'est pas tjs facile, mais abstraction des a priori, point.

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