lundi 14 mars 2011

Hunger

Celui qui incarna la coolitude absolue aussi bien en Josh Randall, Virgil Hilts, Thomas Crown ou en Kid de Cincinnati disparut beaucoup trop tôt. Trente ans après, son nom perdure et est synonyme de superstar. Normal. Plus extraordinaire, Steve McQueen a repris vie sous l’apparence homonymique d’un cinéaste britannique, noir de peau, et artiste au sens très large du terme.

Hunger, son unique long métrage à ce jour, a de quoi marquer les esprits (il a d’ailleurs remporté la Caméra d’Or du premier film à Cannes en 2008) et laisser une empreinte, psychologiquement et physiquement douloureuse, dans l’univers du film carcéral. 
Le sujet n’est soumis à aucune concession possible: il dépeint les conditions et destinées extrêmes de prisonniers irlandais membres de l’IRA dans les geôles hostiles de la Couronne britannique au début des années 1980. Sévices corporels et déshumanisation sont le quotidien de cette poignée d’hommes décidés à tout sacrifier (jusqu’à leur vie par une grève de la faim suicidaire) pour (espérer) servir leur cause. Au-delà de certains stéréotypes, Hunger est un essai stylisé et opposé à tout manichéisme qui rappelle que chacun est tour à tour victime et bourreau selon le contexte dans lequel il se trouve. Très appliqué et finalement sobre dans sa mise en scène, Steve McQueen découpe son film en trois parties assez distinctes comme pour marquer différentes étapes de l’évolution du corps et de l’esprit de l’homme. La première est la plus violente physiquement, mais pas la plus pénible. Elle comporte quelques séquences mémorables (le maton à la maison de repos, la haie de CRS…), tandis que la suivante, filmée en un long plan-séquence d’une vingtaine de minutes (presque la totalité des dialogues y sont rassemblés), est un interminable et unique moment de joute verbale. Une sorte de battle cellulaire entre le leader des prisonniers (interprété par Michael Fassbender, que l'on retrouve en officier britannique spécialiste du cinéma allemand dans Inglourious basterds) et un prêtre, lors duquel chacun fait valoir ses arguments et convictions. Un exercice compliqué mais parfaitement maîtrisé par le réalisateur. Ensuite, c’est à nouveau le retour au silence, marqué par la description en détails de la dégénérescence corporelle. Un angle nettement moins judicieux que les précédents qui fait perdre en substance à cette œuvre qui ressemble fort à un objet d'art.

Article publié le 04/09/2009 à l'url http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-239744-hunger.htm

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