mercredi 16 mars 2011

Inglourious Basterds

"Ce pourrait bien être mon chef-d’œuvre!". Cette proclamation assénée par l’un des héroïques protagonistes referme le grand livre d’histoires qu’est Inglourious basterds. Voilà une conclusion - qui résonne inlassablement et magistralement dans les esprits - qu’on ne peut évidemment s’empêcher d’apparenter à une métaphore du regard porté par le réalisateur sur sa propre œuvre. Là où Clint Eastwood faisait preuve d’une admirable autodérision dans ce qui devait rester comme sa dernière apparition face à la caméra dans Gran Torino, Quentin Tarantino, au sommet d’un art auquel il a su et saura toujours apporter une griffe inimitable, ultra référencée et imaginative, drôle et forte, et tellement jouissive pour le spectateur et les artistes qui la serve, s’adonne au péril de l’autosatisfaction. Alors, nombriliste et prétentieux le type ? Et Inglourious basterds, son chef d’œuvre ultime ?

Se laisser tenter à répondre par le déni en lui reprochant certains avatars impromptus et une surdose de style, de dialectique, de caricatures, et de jeu d’acteurs est une tentation compréhensible mais à écarter tant les preuves d’excellence se cumulent. D’entrée il nous gratifie d’une séquence où l’intensité et la gravité grandissantes n’ont d’égal que la finesse des plans et la précision des interprètes, dont Christoph Waltz, cet acteur autrichien inconnu judicieusement récompensé du Prix d’interprétation au dernier Festival de Cannes, en chasseur de Juifs. Il est absolument estomaquant. En quelques minutes seulement, il est déjà démontré qu’on a affaire à un grand film de cinéma comme peu d’auteurs sont aujourd’hui capables de le faire. 
Puis tout s’enchaîne. Le chapitrage du film prépare à une grande épopée tarantinienne. Les "bâtards sans gloire" ont cette verve et cette virilité uniques mais nécessaires pour servir des causes perdues. La séquence de la taverne souterraine sera un autre événement majeur. Les seconds rôles apporteront leur lot de détails savoureux. Le gore se fera parfois une place de circonstance. Brad Pitt imposera derechef ses talents comiques, Mélanie Laurent sa fragilité et son amertume, Diane Kruger sa beauté à une divinité germanique revêtant les plus beaux atours de son aïeule Marlene Dietrich. Et le final sera dantesque voire hitchcockien. 

Occulter les antécédents du plus cinéphile des cinéastes relèverait cependant d’une amnésie regrettable. Car oui, Reservoir dogs fut un premier sommet intouchable par sa perfection et son audace. Oui encore Pulp fiction et sa ribambelle de séquences et moments tellement maîtrisés et géniaux fut la plus inattendue et mémorable des Palme d’or. Oui à nouveau Jackie Brown vaut bien plus qu’un accessit dans la filmo de Tarantino, au moins par les présences de Samuel L. Jackson et son élégance immuable, et de l’énorme Robert De Niro. Et oui, enfin, Kill Bill est imparable tant il a rendu un hommage exhaustif et brillant à tous les genres et mouvements.
Il est certainement prématuré et exagérément déférent de hisser Inglourious basterds au rang de chef-d'oeuvre, mais je l’écris noir sur blanc et sans détour: «Quentin, pour le prochain, c’est quand tu veux!». Et le plus tôt sera le mieux.

Article publié le 01/09/2009 à l'url http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-239557-inglourious_basterds.htm

2 commentaires:

  1. Je vais pas m'étendre sur le sujet, tu connais déja mon avis sur le moins réussi des films de Tarantino. Il me semblait cependant important de tempérer ta critique publi-rédactionnelle. Si comme toi je trouve la scène d'introduction énoooorme, je suis beaucoup plus réservé sur le reste du métrage. Emballé vite fait mal fait on a du mal à croire que c'est le même réalisateur derrière les prouesses de mise en scène d'un Kill Bill. Filmé platement et une fois n'est pas coutume si Christoph Waltz et Diane Kruger s'en sortent avec les honneurs, le reste du casting est très moyen (Brad Pitt) voir à chier (Mélanie Laurent, Eli Roth et l'acteur black le pote de Mélanie Laurent que je sais même comment il s'appelle et je veux pas savoir tellement il est mauvais).
    Bref, à l'époque énoooorme déception au regard de l'attente que j'avais du film néanmoins je suis prêt à accorder le bénéfice du doute à l'ami Quentin et j'attends avec une impatience non feinte son prochaine opus "Django unchained"

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    1. Merci gros, tu fais vivre mon blog à toi tout seul. Vive le chômage!

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