mardi 5 avril 2011

A bout portant

Homme tranquille parmi les quidams, Samuel dorlote sa chérie qui attend le plus heureux des évènements tout en se préparant au concours d'infirmier, ce qui lui ferait enfin passer un cap et permettrait d'arrondir les fin de mois. Hugo, de son côté, est un renégat des temps modernes: froid et solitaire. Et si, pour foutre le bordel, on faisait se rencontrer ces deux hommes-là...

Gilles Lellouche et Elena Anaya sans Mesrine (jusqu'ici tout va bien)

Pour elle. Avec ce deuxième long-métrage, Fred Cavayé confirme que sa thématique  est unilatérale: séparer violemment et injustement un couple heureux pour forcer le mâle à dépasser ses limites et les lois s'il veut espérer retrouver une dulcinée prisonnière des griffes de l'enfer. Dans Pour elle, Vincent Lindon devait faire s'évader Diane Kruger de prison; dans A bout portant, Gilles Lellouche devra tout d'abord préserver sa peau s'il veut revoir sa femme kidnappée.

Le spectateur français souvent sevré - et donc frustré - de films d'action gonflés aux hormones issus de son terroir trouve enfin dans le cinéma de Cavayé un exutoire à la monotonie qu'il déplore de longue date. Effectivement, dans A bout portant encore plus que dans Pour elle, l'action est omniprésente (la course-poursuite dans le métro et la cohue dans le commissariat notamment alimentent cet effet). Si les deux films sont relativement courts (autour d’une heure trente), c'est pour mieux conserver un rythme toujours effréné et  une intensité indéniable. C'est d'ailleurs en cela que réside la qualité majeure de ce réalisateur qui a tout pigé des rouages indispensables à l'apparence d'un vrai polar. Mais pour parvenir à ses fins, il aura dû malheureusement sacrifier d'autres critères au moins aussi importants, si ce n'est plus. En fait c'est même sûr, ils sont plus importants.
Pour exacerber les motivations d'un protagoniste enragé par la peur, A bout portant creuse le fossé avec une certaine réalité que le spectateur est à même de se créer, dès lors qu'il s'identifierait aux déboires vécus par un homme qu'il ne peut rapidement plus jalouser. L'intrigue dévoile quelques rebondissements inattendus (pour le personnage) pour mieux isoler sa victime d'un jour au coeur d'un univers sans bouée de sauvetage ni repère. C'est du déjà vu forcément (Le fugitif). Jamais à court de stéréotypes, on découvre que les gros méchants ne sont pas (seulement) ceux que l'on pense et qu'au-delà de toute immoralité, les représentants de l'ordre sont pire que de la pire espèce. Dans cette veine, quelques scènes extrêmes (l'exécution sommaire de la femme flic, la tentative de défenestration) que l'on ne verrait pas même chez Olivier Marchal viennent parachever le sale boulot. Trop c'est trop. On aimerait un peu plus de considération pour notre libre-arbitre.

Face au méchant et toujours adorable Roschdy Zem, Gilles Lellouche étoffe son bagage bien plus dignement que dans Les petits mouchoirs qui vient pourtant de lui rapporter le Prix Patrick-Dewaere du meilleur jeune comédien de l'année. A 38 ans... quelle gaminerie.

Sortie cinéma : 1er décembre 2010

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