vendredi 15 avril 2011

Dans la brume électrique

Le corps mutilé et sans vie d’une jeune femme est retrouvé dans un marécage hostile de Louisiane. Le shérif Dave Robicheaux, qui connaît le bayou comme le fond de sa poche pour le sillonner depuis plus quarante ans, est en charge de l’enquête. Ses investigations s’annoncent complexes et périlleuses. Elles devraient même réveiller les secrets d’un passé qui semblait pourtant bien enfoui. 

photo: Allociné.fr

Féru de cinéma et culture américains, Bertrand Tavernier ne s'est pas fait prier pour traverser l’Atlantique afin d'y tourner une adaptation d’un roman de James Lee Burke (écrivain dont il est fan), avec Tommy Lee Jones dans le rôle phare (acteur de sa génération qu’il admire tout autant). Si Burke est un auteur de romans policiers renommé, Tavernier n’a pas de spécificité ni repère dans ce genre. Il est plus un cinéaste habitué à stigmatiser les failles et dérives d’une société (Le juge et l’assassin, La mort en direct, L.627, Ça commence aujourd’hui). L’appât était par exemple plus un drame passionnel qu’un film noir. 
Cette carence se ressent dès les premières images de Dans la brume électrique. L’introduction censée imposer une atmosphère déjà pesante avec la découverte du corps et l’apparition d’un Tommy Lee Jones remonté n’obtient pas l’effet escompté. Loin de là puisqu’elle est étonnamment impersonnelle, sans âme et guère… électrique. Pour faire une brève comparaison, la scène d’ouverture des Rivières pourpres, similaire, diffusait une angoisse évidente et terrifiante. Tavernier se loupe d’emblée, la suite n’y changera rien. Sans laisser indifférent, l’enquête suit un cours habituel dans les films de tueurs en série, le rythme en moins, et ne fait qu’en réchauffer la recette, certes efficace, mais convenue. Le flic est intègre, pugnace, enragé et s’efforce de maintenir une stabilité familiale qu’il maîtrise à peine, ses découvertes dérangent. Le dénouement est regrettable. L’environnement, la moiteur palpable et les incursions fantastiques (là est peut-être la plus belle réussite du film) accordent du crédit et font forcément écho à un chef d’œuvre, un vrai: Angel Heart. Mais Dans la brume électrique ne contient ni l’intrigue incroyable, ni l’ambiance suffocante, ni l’impeccable Mickey Rourke (souvenons-nous de ce rôle bien plus puissant que celui de The wrestler), ni le diabolique Robert de Niro (sans vouloir offusquer John Goodman) du film d’Alan Parker. La présence de Tommy Lee Jones en vieux bourlingueur buriné est ici idéale, mais ce bon vieux Tommy Lee qui n’en finit plus de promener sa carcasse de shérif/cow boy désabusé sur tout le territoire américain (Trois enterrements, No country for old men), commence à radoter. 
La relative vanité de cette Brume électrique aura la vertu de rappeler que Bertrand Tavernier est un grand réalisateur français, quand il tourne chez lui. Et L’horloger de Saint-Paul reste(ra) sans doute sa plus belle œuvre. 

Quoique The chaser s’affirme comme un implacable cousin du magistral Seven, David Fincher peut voir venir paisiblement ; le 21eme siècle n’a encore révélé aucune menace pour son film culte.

Sortie cinéma : 15/04/2009

Article publié le 13/05/2009 à l'URL http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-225980-dans_la_brume_electrique__in_the_electric_mist.htm

5 commentaires:

  1. Alors là, je dis "non" ! Bertrand Tavernier a quand même la spécificité d'avoir déjà adapté un auteur américain du calibre de Burke en la personne du Thompson devenu Coup de torchon à l'écran (OK, un des films sans lesquels vivre ne vaut pas la peine).
    Quant à ce Electric Mist, quel montage as-tu vu : le français "final cut" de Tavernier ou l'autre ?

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  2. Alors là, je dis "oui" ! Un oui, c'est beau car il Gatto est toujours parmi nous. :-)

    Pour le reste, je pense avoir vu la première version, non finalcutée

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  3. Il Gatto sera toujours de ce monde héhéhé. Et je te rappelle qu'il est ton ami sur FB.
    Je suis en train de regarder la vf finalcutée et je lui trouve moins de cohérence que la VO studio. C'est étonnant de la part de Tavernier.
    Donc, je suis d'accord avec ta critique mais pas sur la même version ! Étonnant, non ?

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  4. Arf, mettre "Les rivières pourpres" une marche au-dessus du diamant noir de Tavernier, ça fait mal! La seule chose sur laquelle je te suis à propos de la "Brume électrique", c'est bien sur son côté fantastique, effectivement la plus belle réussite du film.

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  5. Pour être tout à fait honnête, l'ami Fredastair aurait pu préciser que je comparais simplement la scène d'ouverture des Rivières pourpres à celle du Tavernier.

    Mais tiens au fait, le Kasso n'est-il finalement pas plus réussi dans sa catégorie? Certes oui. :-)

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