vendredi 20 mai 2011

Le gamin au vélo

* * * FESTIVAL DE PRINTEMPS - COMPÉTITION OFFICIELLE * * *

Orphelin de mère, Cyril est planté par son paternel dans un centre d'accueil pour ados. Il n'a alors plus qu'une seule idée en tête : se casser de là pour retrouver son géniteur. Pugnace, le gamin est alors hébergé les week-ends par une coiffeuse fort magnanime. De conneries en désillusion, Cyril pourra-t-il trouver l'équilibre qu'il mérite ?

Photo : Allociné.fr

Au nom du père. On dit de Luc et Jean-Pierre Dardenne qu'ils sont des narrateurs hors pair. Ce n'est pas faux. Ils ont l'honnêteté de raconter des histoires vraies, très enracinées dans la réalité, la difficulté de vivre et définir son existence. Leurs histoires belges ne sont pas drôles, mais simples et très humaines. C'est là une marque de fabrique indéniable qu'il faut louer. Comme des tas d'enfants plus ou moins détruits par la cruauté ou la lâcheté des adultes, Le gamin au vélo (joué par le plutôt bon Thomas Doret) improvise son parcours comme il le peut dans un vaste monde instable et parfois inquiétant. Quand on a, qui plus est, la chance de posséder des comédiens du terroir comme Jérémie Rénier ou, mieux encore, Cécile de France qui explose de justesse à chaque regard - tantôt rieur, tantôt interrogateur -, l'aventure n'en est que plus confondante. Avec ce huitième long-métrage, les traditions dramatiques de la fratrie Dardenne définies dans La promesse, Rosetta ou encore L'enfant, sont sans surprise intactes. Trop intactes en fait.

Si l'option de laisser filer ce gamin vers un destin semble-t-il apaisé entérine la banalité des choses de la vie, elle a également pour effet chagrinant de se délester un peu facilement d'un lourd fardeau. Celui que porte ce gosse que l'on ne peut pas si négligemment abandonner au coin de la rue.
Le cinéma est aussi un art visuel en mouvement mais ça, la photographie et le style, les Dardenne s'en contre-foutent. C'est bien pourquoi, au bout d'une heure trente d'une vérité qui se suffirait à rester littéraire, on peut accorder que les frères Dardenne sont les meilleurs réalisateurs... de téléfilms de la planète (mais attention, il y a aussi Josée Dayan). Quand on sait que le président du Jury de festival de Cannes 2011 a joué dans Le parrain II, Il était une fois en Amérique, Taxi driver, Mission ou Casino, il est peu évident de penser qu'il sera dupe au point d'accorder une troisième Palme d'or à des cinéastes si peu ambitieux dans la technique comme dans le récit. 

Sortie cinéma : 18 mai 2011

Déjà paru au Festival de Printemps : Minuit à Paris.

9 commentaires:

  1. T'es malade, la narration chez les Dardenne est ultra ambitieuse. Ca ressemble à du cinéma social et/ou documentaire (au choix selon les raccourcis de journalistes) mais chacun de leurs films peut se voir comme un polar tant le récit est tendu et la forme, nerveuse. Grand Prix mérité.

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  2. Je ne vais pas ressasser mon argumentaire. Les Dardenne maîtrisent la narration, certes, mais n'est-ce pas là le moindre des efforts que l'on peut attendre d'un cinéaste??
    Leur cinéma s'apparente au social/docu dis-tu, c'est exact (et ça ne me dérange pas), mais, en sus du formel pas du tout nerveux mais classique, c'est un accélérateur de lassitude. Le cinéma permet plus que narrer, mais ils ne font qu'écrire.
    A l'aune des autres récipiendaires et concurrents de ce millésime cannois 2011, le Grand Prix n'est peut-être pas volé (mais j'en doute fortement) mais c'est symptomatique des films plan-plan qu'il véhicule (je repense à ce truc insupportable qu'est "Oncle Boonmee").
    Et le plus prestigieux festival du monde à trop pris l'habitude désagréable (pour le spectateur/cinéphile) de récompenser l'austérité et l'arrogances absolues, plutôt qu'une vraie créativité.

    De Niro récompensant The Tree of life, c'est évidemment un choix politique et consensuel. Et n'oublions pas que les artistes (comédiens voire réals) ne sont pas si souvent des cinéphiles ni connaisseurs.

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  3. Argh, je m'étrangle. Les cinéastes ne sont pas cinéphiles ? Les bouchers peut-être plus ? Et c'est pas de Niro qui a fondé le festival de Tribeca ?
    Les Dardenne ne savent pas mettre en scène ? On croit rêver, j'ai du mal lire, je vais recommencer depuis le début ton billet pour essayer de déterminer ton taux d'alcoolémie quand tu l'as écrit. Ne répond pas à ce post, je ne reviendrai de toute façon pas écorcher mon regard sur de telles vilennies.

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  4. Bon, je vais traduire en "gentil" ce que Chris a voulu signifier les crocs dehors : la mise en scène EXISTE chez les Dardenne, et le fait qu'on ne la "remarque" pas est un signe de sa grandeur : discrète, précise, sans esbroufe, elle se met au service de l'histoire racontée et du mouvement de ses personnages (le cinéma, "art visuel" et surtout "en mouvement", est une expression qui semble avoir été inventée pour les Dardenne, enfin bon). C'est exactement pour cette raison que leurs histoires, et la manière dont ils la racontent, ne sauraient rester littéraires et appellent naturellement le média cinéma.

    Téléfilm, photo pas travaillée, etc : bon, il suffit de regarder deux minutes du film pour récuser ça, mais je vais le laisser à d'autres ;-) On ne t'en voudra pas de vouloir faire de la polémique...

    Côté jury cannois, je concède que "Le Gamin..." aurait pu céder son Grand Prix à d'autres (le Almodovar ou le Cavalier?), et que DeNiro n'a sans doute jamais vu de Dardenne avant 2011. Ca lui aurait évité de les porter aux nues pour ce qu'il reste, il faut bien le dire, l'un de leurs films les plus répétitifs et les plus mineurs (quoique très bon dans l'ensemble).
    Et ce n'est pas ici (pas la place) que je chercherais à démontrer que "Boonmee" est un film sublime, ni arrogant ni austère pour deux sous ^^

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  5. Une petite chose encore, après je file : il faut se méfier des considérations autour du "style" comme unique vecteur de cinéma, parce qu'après ça donne des cinéastes moins stylistes que tape-à-l'oeil, et qui deviennent exagérément sur-côtés. La preuve, Winding Refn vient de recevoir le prix de la mise en scène à Cannes... Pourquoi pas faire preuve de "créativité" (encore que, ça reste à prouver ou à récuser pour beaucoup d'entre eux), mais si c'est creux et vain derrière, ça ne va pas très loin...

    On peut considérer que les Dardenne n'ont pas de style (ce avec quoi je ne suis pas d'accord : il y a des récurrences formelles évidentes dans leur filmo, mais passons), au moins le fond de leurs oeuvres est-il solide, à la fois scénaristiquement et humainement.

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  6. Que le voisin vienne pisser sur mon gazon passe encore (c'est que de la pisse de voisin après tout), mais que ce salopard m'empêche de nettoyer, ça, c'est déjà plus problématique.

    Si les cinéastes étaient indubitablement cinéphiles, F.F. Coppola aurait immédiatement su que Kusturica était Emir quand il l'a croisé pour la première fois à Cannes (il y a plusieurs années). Mais ça n'est qu'une anecdote.

    Ce qui me plaît dans tous ces épanchements, qu'ils soient venimeux et déshonorants d'un côté ou argumentés mais excessivement enflammés de l'autre, c'est qu'ils traduisent cet amour commun du cinéma, dont la définition et le sens sont en perpétuel réécriture. Surtout, on n'en attend pas la même chose.
    Vous semblez vous complaire dans la banalité banale (les Dardenne) ou l’autosatisfaction parfois méprisante d'un auteur (là je ne parle pas des Dardenne), tandis que j'attends simplement d'être surpris et touché par qqch de neuf ou, rêvons un peu, arty (pas les Dardenne quoi).

    Une certitude inébranlable toutefois: les Dardenne font chier, re-chier et super-chier.

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  7. Et associez un scénar de Winding Refn avec la mise en scène des Dardenne et vous obtiendrez le film plus chiant que la mire de FR3.
    En revanche, l'inverse, j'aimerais voir...

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  8. Je dirais plutôt que c'est "Darty" moi. :-D

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