jeudi 26 mai 2011

True Grit

Après que John Ross se soit fait liquider par la sale vermine de Tom Chaney, sa fille Mattie n'est obstinée que par la vengeance de son bon père. Droite dans ses sabots avec les idées bien en place, l'adolescente va convaincre le vieux shérif borgne Cogburn de l'aider dans sa quête.

JEFF et MATT : deux cow-boys contrariés
Souvent décrié pour son manque voire son absence de valeur cinématographique et son intérêt généralement que pécuniaire, le remake demeure un exercice, de style, révélateur du savoir-faire d'un metteur en scène. Pour que d’éventuels honneurs se justifient, il faut déjà que la copie originale soit un modèle dans son genre et son époque. Récemment, le Français Alexandre Aja avait parfaitement su dépoussiérer La colline a des yeux de Wes Craven, alors devenu moyen-âgeux, tandis que Little Big Scorsese nous offrait Les infiltrés, polar crépusculaire, magistral et oscarisé qui se révélait plus être un écho occidental au superbe Infernal affairs du Chinois Andrew Lau, qu'une adaptation sournoise.

Avec True Grit, les indispensables Ethan et Joel Coen s'attaquent pour leur part à relooker Cent dollars pour un shérif, western de fin d'époque de Henry Hathaway, sorti en 1970 avec John Wayne. Henry Hathaway, John Wayne, deux noms qui retentissent comme d'intouchables légendes hollywoodiennes.
Sauf que quarante ans après, le True Grit d'origine parait bien plus que flétri (je l'ai observé de près il y a quelques semaines). Les Coen ont dû l'exhumer pour en gommer des faiblesses assez ahurissantes. Inévitablement chez les Bros, où la mise en scène est une vraie nature, on a le sens de l'intensité. Dans True Grit.v2, le vieux Ross n’apparaît que sous la forme d'un vulgaire cadavre dézingué par un redoutable salopard dont on apercevra que l’ombre fuyarde, alors que Hathaway nous le présentait comme une sorte de médiateur de saloon bénévole (là où chacun sait que c'est toujours celui qui sort son gun le premier qui a raison) très naïvement fumé par un vieux débris tremblotant. En quelques minutes, le réalisateur de La conquête de l'ouest est irrémédiablement ringardisé. Mais ça n'était pas très difficile à faire.
Après quatre décennies à se faire cirer les pompes par la planète cinéma, Cent dollars pour un shérif voyait John Wayne claquer le bandeau sur son oeil (ça, ça fait bien briscard), se déhancher toujours plus, lâcher des sourires gouailleurs tout en picolant, soit cabotiner à mort. Avec un Jeff Bridges plus du tout en mode Dude, les Coen trouve un shérif sans nombrilisme. Matt Damon apporte une dose satisfaisante de crédibilité au Texas Ranger LaBoeuf, trop négligemment juvénile et hâtivement sacrifié à l’origine, alors que Josh Brolin (qui n'arrête plus de se placer) démontre une vraie capacité de méchant, même furtivement.

Si la copie efface le modèle, ça n'empêche pas ce film d'être un western de seconde zone, même bien foutu. La faute au récit de  Charles Portis (l'auteur du roman de 1968), qui ne peut convaincre dès lors qu'il impose une gamine de quatorze ans (exagérément mature) comme un contre-poids à des gros durs en cache-poussière, et que les évènements forment une accumulation de planches propres, et non une trame de choc. Repensons aux Rio Bravo, L'homme qui tua Liberty ValanceMissouri beaks ou Impitoyable, pour se souvenir que le western sait être plus qu'un divertissement.

Sortie cinéma : 23 février 2011

1 commentaire:

  1. Un bon western moderne ! J'en ai gardé un bon souvenir.

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