mardi 17 mai 2011

Vicky Cristina Barcelona


Les sentiments. Pour sa quatrième réalisation européenne consécutive - la troisième avec Scarlett Johansson que l’on peut officialiser comme son égérie contemporaine, quelques décennies après Mia Farrow et Diane Keaton - Woody Allen délaisse la trame policière des précédentes (Match point, Scoop et Le rêve de Cassandre) pour se focaliser sur une comédie sentimentale et amoureuse. Après Londres, le cinéaste new-yorkais pose judicieusement sa caméra en Espagne, à Barcelone, la capitale catalane, lieu de rencontres idéal au romantisme festif. 
Comme il en a pris plus régulièrement l’habitude ces derniers temps, Allen ne s’accorde ici aucun rôle. Et pour cause. Le centre d’intérêt de Vicky Cristina Barcelona est campé par un seul homme, un peintre barcelonais séducteur, nonchalant et fraîchement séparé, qui va semer le trouble dans les esprits et les cœurs de deux jeunes et belles touristes américaines venues dans la ville de Gaudi pour s’imprégner de cultures et se forger des repères. La méconnue Rebecca Hall (Le prestige) est Vicky, jeune femme raisonnée à la bague bientôt au doigt, et Scarlett Johansson est Cristina, incertaine mais passionnée. Comme un poisson dans l’eau, le Don Juan est interprété par l’acteur espagnol Javier Bardem, qui confirme sans surprise qu’il est aussi impressionnant en tueur glacial chez les Coen (No country for old men) que parfait en latin lover. Toujours aussi à l’aise avec les chassés-croisés entre différents personnages, Woody fait une place à la brûlante Penélope Cruz qui apparaît en ex-femme hystérique et dépressive de Bardem. Elle met alors sur la défensive une Cristina fragilisée. Et c’est tout le mythe de la blonde envoûtante face à la brune vampirique cher au cinéma américain de l’avant-guerre qui resurgit. Mais là n’est pas l’objectif d’Allen. Vicky Cristina Barcelona, qui renvoie vaguement à sa période des années 1970, est sans doute la plus légère de ses comédies. Proche de ce que tout un chacun peut vivre et ressentir dans une vie, elle demeure bien trop futile et prosaïque pour susciter engouement et allégresse. L’excès de palabres nuisant à la consistance du sujet. Woody Allen qui a toujours filmé avec auto dérision et impertinence les affres de l’homme artiste et les déboires de l’homme amoureux, confie ici les rênes de la séduction et de la réussite à Javier Bardem, dont la plastique et l’élégance avantageuses doivent gommer ces sources d’échec. L’on peut ainsi reconnaître un mode d’expression des fantasmes - parfois gentiment pervers - de l’auteur. Le résultat peut largement le satisfaire, mais c’est bien insuffisant pour ravir son public.

Sortie cinéma : 8 octobre 2008

Article publié le 3 janvier 2009 à l'URL http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-207640-vicky_cristina_barcelona.htm

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