samedi 25 juin 2011

Classe tous risques

De Milan à Paris, la cavale sanglante d’Abel Davos, truand condamné par contumace, accompagné de son fidèle ami Raymond Naldi et "encombré" de sa femme et ses deux petits garçons. Rapidement traqué dans la région niçoise, Abel prend contact avec ses anciens associés parisiens auxquels il demande assistance. Ceux-ci, bien que redevables et plus ou moins rangés des affaires, sont peu disposés à courir le risque d’aller personnellement à sa rescousse. Ils lui envoient Erik Stark, une petite frappe serviable guère connue du milieu. Entre Abel et Erik va naître une amitié sincère, mais l’étau mis en place par les forces de Police se resserre. 

Lino et JP (photo Allociné.fr)


En 1960, la France possède un fin savoir-faire en matière de films policiers. Et un vivier de gueules pour aller avec. Sur les traces de Jean Gabin, Lino Ventura incarne avantageusement les porte-flingues froids et taciturnes (Touchez pas au grisbi, Razzia sur la chnouf, Le rouge est mis) mais aussi des flics obstinés (Ascenseur pour l’échafaud, Maigret tend un piège). De son côté, Jean-Paul Belmondo n’est pas encore la vedette qu’il deviendra rapidement avec A bout de souffle (qu’il a tourné quelques semaines avant celui-ci). Tout juste s’est-il exercé au thriller dans A double tour (1959), d’un jeune cinéaste qui marquera cette période et son Art : Claude Chabrol. Quant à José Giovanni, ancien repris de justice condamné à mort en 1948 et libéré en 1956 (il sera plus tard réhabilité), il est à l’époque un écrivain et scénariste débutant (et prolifique) puisant ses récits dans son vécu de bandit. Le trou, son premier roman autobiographique vient d’être porté à l’écran par Jacques Becker, avec Michel Constantin dans le rôle du taulard cherchant à s’évader. 
Sous des auspices alléchants, ce trio infernal (Giovanni - Ventura - Belmondo) se rencontre pour la première fois sur le tournage de cette Classe tous risques, un nouveau polar écrit par José Giovanni d’après son propre roman. Quid du réalisateur demanderez-vous? En cette période transitoire de la Nouvelle Vague émergente, c’est un cinéaste inexpérimenté, et en l’occurrence prometteur, qui va s’atteler à la tâche. Il s’agit bien entendu de Claude Sautet (auquel Giovanni a soumis le projet) qui, une décennie plus tard, se fera le chantre des drames passionnés faisant la part belle aux grands comédiens du moment (Schneider, Piccoli, Montand…). 

L’attachement certain de Sautet à dépeindre les tourments et relations de ses protagonistes plutôt qu’à mettre en scène et en avant une intrigue basée sur l’action s’exprime déjà ouvertement alors qu’il n’a alors qu’un long-métrage à son actif : l’anecdotique Bonjour sourire (1955). Bien-sûr, Classe tous risques est un vrai bon vieux polar qui n’oublie pas les stéréotypes du genre (les crimes, la traque et l’isolement du fugitif, les trahisons, les règlements de compte) et Lino Ventura évoque à lui seul les personnages joués par Alain Delon et Gian Maria Volonte dans Le cercle rouge. Mais la griffe Sautet éclate déjà par le biais de son héros central qui implose psychologiquement et nerveusement au fur et à mesure que celui-ci, menacé de toutes parts, constate à quel point sa quête d’équilibre est inaccessible. Il perd sa femme, est obligé de se séparer de ses gosses pour les (et se) protéger, se cache comme une bête, se ronge de remords et de culpabilité… se meurt. Pour illustrer cet état de fait, la scène où il donne un court et franc coup de poing dans un arbre est symptomatique. Et c’est toute la force fragile de Lino Ventura - lequel confirmera plus tard qu’il était plus un gros dur au cœur tendre qu’une brute épaisse - qui se révèle. 

Autre ingrédient instinctif du cinéma de Sautet subtilement appréhendé : l’amitié. Là où l’apparition du personnage joué par Jean-Paul Belmondo pourrait apparaître comme louche et sujette à une félonie programmée, Claude Sautet répond par l’introduction d’une relation limpide entre les deux hommes, brièvement salutaire pour Ventura. Une estime réciproque qui dépassera d’ailleurs le cadre du plateau sur lequel ces deux sportifs invétérés furent complices. Ils tourneront un second film ensemble en 1963: Cent mille dollars au soleil. Jean-Paul Belmondo, qui était au départ peu désiré par la production (rappelons qu’A bout de souffle venait d’être tourné mais n’était pas encore sorti sur les écrans), insuffle toute sa nonchalance et son potentiel de séduction (la magnifique Sandra Milo, future égérie de Fellini, y succombera) pour muer ce second rôle en un élément clé du film. Erik Stark est de la trempe de Michel Poiccard, le héros déchu de Jean-Luc Godard, qui, en cette année 1960, révolutionnera les habitudes jugées douillettes du cinéma français et imposera son interprète comme une superstar. Jean-Paul Belmondo n’allait plus jamais quitter ce trône.

Sortie cinéma : 10/04/1960
Entrées France : 1.725.662 (source: Boxofficestars)
Classement Top Belmondo : 21e (après 16 votes)

Article publié le 06/03/2009 à l'url http://davideo.blogs.allocine.fr/davideo-216584-classe_tous_risques__1960.htm

1 commentaire:

  1. J'ai lu plusieurs fois le livre de Giovanni, un de mes préférés (je dois avoir vu le film une fois mais trop tôt peut-être), qui contraste nettement avec la littérature policière des années 30/50 en mettant en avant les états d'âme d'un gangster. L'histoire telle que tu la décris n'est pas tellement différente du livre et le personnage d'Abel, lâché par des copains ingrats et qui se fera bêtement arrêter après un coup minable, reste dans les mémoires.

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