mercredi 1 juin 2011

La conquête

* * FESTIVAL DE PRINTEMPS - COMPÉTITION OFFICIELLE * *

A quelques heures d'atteindre son objectif ultime et présidentiel du 6 mai 2007, le candidat Nicolas Sarkozy angoisse de l’absence à ses côtés de sa femme Cécilia. Ce qui nous laisse le temps de re-découvrir son ascension sensationnelle depuis l’élection présidentielle de 2002.

La quéquette ou La conquête ? (photo : Allociné.fr)

Cible émouvante. Il y a plusieurs jours, pendant le Festival de Cannes, un article paru sur le site du NouvelObs titrait : "La conquête : le film qui me donne envie de voter Sarkozy !". Sans un minimum d'esprit critique, et donc sensé, ni quelques neurones encore vaillants, c'est en effet ce qui pourrait malencontreusement se produire après visionnage du spot de campagne film La conquête.

Dans son contenu, le biopic de Xavier Durringer expose l'homme politique Nicolas Sarkozy comme un individu fortement obstiné plus que viscéralement ambitieux (personne ne pourra jamais trouver ça déplacé). Il n'est en somme qu'un petit requin parmi un banc d'autres cétacés de son espèce bien plus féroces (le vil Dominique de Villepin en tête). Toujours disponible, réactif et posé dans son argumentaire, il apparaît contrarié et finalement loyal (comme face aux réprimandes de son président Jacques Chirac). Le bon bougre quoi. Qui plus est, lorsqu'il faut aborder les sujets fâcheux, la mise en scène se dérobe. Exemple avec the big dossier du "kärcher" où les événements sont présentés en off par infos télévisées interposées. On ne verra jamais Sarko sous son plus mauvais jour. Trop sympa.

Sur la forme, le cirage de pompe est encore plus reluisant. Et choquant donc. D'entrée de jeu, le candidat Sarkozy est seul. Seul face à un destin rêvé, mais seul. Seul, car Cécilia, sa femme, sa muse et son mentor à la fois, n'a plus la force de se joindre à la destinée probablement nombriliste et éprouvante de son mari. Seul, alliance à la main à cogiter, le futur président attise déjà la pitié, une pitié charitable et solidaire. On compatit, on sympathise. Incroyable.
Une séquence stigmatise cet effet désagréable. Au moment où Cécilia pète les plombs et se casse (la première fois je crois), retranché dans son orgueil, Sarkozy s'emballe et se montre un poil plus brutal. La situation fait écho (de pas si loin que cela) à la scène similaire du Parrain où Diane Keaton décidait de quitter son Al "Michael Corleone" Pacino de mari malgré les risques que ça implique. Face au nabab de la pègre, la violence éclate. Ici, non. Plutôt que de laisser la situation empirer, Durringer se disculpe, substituant la violence verbale et gestuelle à une musique étonnamment romantique. Les tourtereaux se fritent, mais c'est joli. Et les problèmes de couples on en a tous. Là, c'est la femme qui quitte le nid conjugal, abandonnant l'homme et ses responsabilités. Quelle garce! Re-compassion. La plaidoirie touche à son apogée.

Il y a un bon moment, Xavier Durringer abordait le polar avec une belle profondeur dans J'irai au paradis car l'enfer est ici, mais après l'ultra lissé Gainsbourg (Vie héroïque) de Joan Sfar, La conquête est un autre biopic honteusement pusillanime alors que le sujet se prêtait plus qu'idéalement au brûlot. Quel échec.

Tout juste pourra-t-on se satisfaire de la posture adaptée de Denis Podalydès en "Grand" Schtroumpf, entouré d'un casting de télévision (avec notamment Bernard Lecoq en Chirac). Quel manque atroce d'ambition encore une fois sur ce plan.

Sortie cinéma : 18 mai 2011

A lire dans le cadre du Festival de Printemps des blogueurs : 

3 commentaires:

  1. Ca me fait mal de le dire, mais c'est une très belle critique, profonde et intelligente.

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  2. L'essentiel étant que tu recouvres la raison... ça c'est fait :-)

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  3. Bien dit ! Et le parallèle avec "Le Parrain" est pas mal trouvé.

    Que le film devienne (involontairement) un simili spot pro-sarkozien pose déjà problème, mais bon, passe encore si au moins c'était bien foutu. Or, sur le plan du cinéma, c'est tout aussi (sinon plus) atroce.

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