samedi 24 novembre 2012

Comme un aimant

De la planète Marseille. Comme un aimant est une chronique de la vie ordinaire d’une bande de potes du quartier du Panier qu’ils ne connaissent que trop. Galères en tout genre et différences sociales, mais ça ne date pas d’hier, le meilleur est pour demain. Encore que…

Dans souffrance il y a France. Le mouvement hip-hop, sous l’impulsion du rap avec des chefs de file comme NTM et IAM s’est définitivement imposé en France aujourd’hui. Il ne lui restait plus qu’à cristalliser sa vitalité par le film d’une génération, d’une époque, à l’instar du Do the right thing de Spike Lee à la fin des années 80. C’est désormais chose faite avec ce convaincant exercice moins subversif et spectaculaire que Raï ou Ma 6-T va crack-er, mais plus universel et parfaitement maîtrisé par ses auteurs : Akhenaton, le leader du groupe marseillais IAM et Kamel Saleh. Les deux co-réalisateurs faufilent leur sobre caméra dans les rues étroites de la cité phocéenne à la découverte de jeunes du quartier scotchés à leur banc, financièrement dépourvus mais conscients de la difficulté à se faire une place au soleil de la Canebière. Le film aurait pu tomber dans le larmoyant et accabler ces minots de tous les maux, en parfaites victimes. Ici il n’en est rien, les circonstances sont telles qu'il leur est de toute façon impossible de s’en sortir indemne. Ils n’ont d’autre choix que de se jeter malgré eux dans la bataille, à corps perdu. La première heure, très réaliste avec ses nombreuses scènes descriptives de vols, descentes de flics, interrogatoires, garde à vue, conflits de générations avec les parents, deal, etc, qui colle à la peau de l’un ou l’autre des personnages mais toujours plus par dépit ou fatalité que par vocation est fidèle à l’image globalement imaginable de ces existences marginalisées. Ce choix banalisé du désarroi, symptomatique de l’état des banlieues aurait pu être l’erreur commise par Saleh et Akhénaton mais c’est alors que le film prend toute sa dimension et de l’envergure.

Et les méchants ne sont pas forcément ceux qu’on croit. Intelligemment, Comme un aimant évite le cliché manichéen des jeunes persécutés par l’omnipotence de la Police, qui finalement ne fait que représenter la loi sans provoc’ gratuite ou racisme exacerbé mais toujours en épée de Damoclès pesante et omniprésente comme un infranchissable rempart imposé aux illicites velléités de Fouad, Cahuète et les autres. Chacun reste à sa place, et le film s’éloigne des optimistes chroniques de l’Estaque à la mode Robert Guédiguian pour se rapprocher du New York malfamé et mortel de Martin Scorsese ou Abel Ferrara. Par leurs funestes mais divergents parcours, les (anti)-héros sombrent tragiquement vers l’irréversible, là où la réalité sociale ne leur laisse aucun droit à l’erreur et où les pontes du grand banditisme sont leurs bourreaux. Dans un contexte conflictuel entre jeunes, différences, dépendance à l’argent et police, l’innovante réussite de Comme un aimant est d’aller voir un peu plus loin, là où pavoise la pègre, le véritable fléau qui contribue à gangréner notre société. Le plus dur était d’y penser, Kamel Saleh et Akhenaton l’ont filmé.

Cet article qui fut publié le 23/01/2007 sur davideo.blogs.allocine.fr. a été rédigé en juillet 2000.

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