jeudi 24 janvier 2013

Django unchained

Film réalisé par Quentin Tarantino (USA)


Interprètes :

Sortie France : 16 janvier 2013

Critique :

AMOUR. Dans Kill Bill, Quentin Tarantino avait subrepticement caressé le western. Notamment avec la bande son. Pour celui qui fut cinéphage bien avant d'être cinéaste, consacrer un long métrage à ce genre cinéphile (s'il en est) a toujours résonné comme une évidence. Django unchained, le projet, en était l'appétissante tartelette aux framboises ; Django unchained, le film, en sera in fine la pièce montée : soit l'éclatante démonstration de ce qu'il devait réaliser de plus prestigieux, in memory des Corbucci, Leone et consorts.

Après Inglourious Basterds où il réglait quelques comptes avec ces enculés de nazis, le réalisateur de Jackie Brown se frotte cette fois les mains à aller taquiner de l'esclavagiste, une population longtemps et étonnamment épargnée par le monde du 7e Art. Si le cinéma de QT n'est pour autant en rien politique, son film comporte ce grain de charme humaniste qu'on ne saurait point lui reprocher dans cette quête d'affranchissement de la négritude - le côté Blaxploitation du gars - (gageons que Spike Lee ne me tiendra pas rigueur de l'utilisation de l’étymologie "niggaz"), qui vient asséner un bon coup de glaive dans la balance de la justice.
Mais alors que c'est un esprit de vengeance jusqu'au-boutiste qui habitait les protagonistes d'Inglourious Basterds perdus au coeur de la Seconde Guerre mondiale, le levier des motivations de son héros noir libéré et de son mystérieux libérateur germanique est encore plus indiscutable et magnifique car il terrasse la haine. C'est un Graal autrement plus précieux que le trésor hypothétique de Sad Hill convoité par le trio de crevards dans Le bon, la brute et le truand, et tout simplement évident, qui ouvre toutes les perspectives possibles de risques, facéties et déferlement de violence. Si vous êtes attentifs à ce que j'ai écrit dès le début, vous avez saisi depuis plusieurs lignes qu'il est bel et bien question d'amûre... toujours l'amûre.
Cela dit, on va pas s'mentir, on est pas dans le dernier Haneke ni dans une comédie new-yorkaise. Car ça va chier et bien comme il faut, vu qu'avec ce sud boueux et cotonneux d'une Amérique période pré-guerre de Sécession peuplée de bougres et bourreaux en tout genre, Tarantino ne pouvait que s'adonner majestueusement à ce qui le caractérise : une créativité (pas qu'explosive) de chaque instant. Des joutes verbales et physiques toutes fraîches (je pense à l'énorme séquence du Shérif/Marshall, au dîner chez Candie), des perles d'humour mêmes juste visuelles (le choix de la tenue de Jamie Foxx pour sa première sortie d'homme libre), des fusillades frénétiques aux allures de ballets sanglants où la chair navigue sur un lit d'hémoglobine en cru, ou encore un bouquet final qui n'en est pas un puisqu'il en annoncera un autre (tiens, voilà une vraie nouvelle façon de faire de l'action et de justifier 160 minutes de bobines). Bref, c'est un récital minutieusement orchestré auquel nous assistons, généreusement crédules.
Un récital sublimé par des comédiens plus que parfaits et qui ont dû jouir de leur présence au casting. Allez, je vais aussi me laisser aller au plaisir  et si j'aime pas trop radoter, et bien là, je suis un peu forcé d'enfoncer derechef une porte ouverte : Leonardo DiCaprio est juste exceptionnel, avec ses allures de vieux baroudeurs du grand écran, sa verve enragée et son regard de plus en plus perçant et inquiétant, mais toujours charmeur. Christoph Waltz est fulminant dans sa fausse perfidie et ses sourires de complaisance tandis que la prestation de Samuel L. Jackson est distillée comme du bon lait grâce à ce rôle faste que lui a écrit Tarantino (un de plus après ceux de Jules, Ordell et Rufus dans les trois bombes que vous savez).

Alors vous pourrez toujours vous casser l'cul à chercher de quoi minimiser l'impact de cet électrochoc cinématographique rare. Et peut-être y trouveriez-vous quelques longueurs (à l'arrivée à la demeure de Candie?) et situations un poil too much (la théâtralisation des cagoules mal ajustées, la thèse-dissection du crâne), mais vous ne pourrez sérieusement que plébisciter cette huitième réalisation du metteur en scène de Pulp fiction, qui réussit à convertir les sceptiques à l'enthousiasme tout en enivrant ses aficionados. Plus que du spectacle. Rien de plus.

Django unchained : Allociné - IMDB - Wiki

de Quentin Tarantino sur Davidéociné :
Reservoir Dogs - Boulevard de la mort - Inglourious Basterds 

4 commentaires:

  1. Je suis d'autant plus comblé par Django que je n'avais pas apprécié ce petit étron d'Inglorious qui me donnait l'impression de Quentin n'en avait plus rien à foutre au point de bacler sa réalisation. Avec Django, il met tout le monde d'accord où comment allier une réalisation dantesque avec un propos d'une profonde humanité sans oublier un casting over the top. Merci, merci Mr Tarantino.

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    1. "petit étron d'Inglorious" : là t'as vraiment sombré dans l'incohérence. car il n'y a pas l'écart de ce qu'a produit le cinéma entre Inglourious et Django. Ce sont d'ailleurs ses 2 films qui se ressemblent le plus dans leurs rouages et structures.

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  2. "qui réussit à convertir les sceptiques à l'enthousiasme tout en enivrant ses aficionados"

    C'est EXACTEMENT ça ! On a reproché à Kill Bill, Death Proof d'être un peu trop personnels, et de ne répondre qu'aux besoins du réalisateur lui-même et d'une grosse poignée de grands fans (donc je fais partie).
    Là, il fait du vrai cinéma, avec un scénario très bien construit, de l'émotion, du grandiose, du spectacle grand public. Il y a cependant quelques scènes venant nous rappeler que QT fait quand même du QT (combat à mort entre deux Mandingues, peut-être la scène la plus pétrifiante du cinéma de Tarantino).

    C'est pour moi un film PARFAIT, jusqu'à cette fin qu'on pourra juger un peu trop facile (happy-end complet), mais ce serait chercher des poux sur un crâne chauve :)

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  3. PUTAIN ça fait du bien !!!!!

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