mercredi 3 juin 2015

Levicatcher

En quelques lignes, découvrez le point de vue de DavidéoCiné sur les films vus au cours du mois de mai. Retrouvez ces titres classés sur les pages de leur année de sortie : année 2014année 2015.

On ne plaisante pas dans Foxcatcher

FOXCATCHER***** de Bennett Miller | Il y a quelque chose de pourri au royaume de la lutte. Comme il raffole des portraits de figures américaines plus ou moins emblématiques dont il transmet l’admiration qui peut leur être portée autant que la dramatique de leur devenir, le réalisateur de Truman Capote et Le stratège ne pouvait qu’être séduit par cette incroyable histoire s’étant déroulée dans les années 80 où deux frères champions olympiques prirent pour mentor et sponsor un étrange et sinistre personnage, riche héritier d’une grande famille. Un Prix de la mise en scène à Cannes l’an passé qui met en avant un extraordinaire trio d’acteurs : Channing Tatum et Mark Ruffalo composent la fratrie, alors que Steve Carell plus opaque que jamais, est méconnaissable. (Classement 2015 : 3e/10)

LEVIATHAN**** d’Andreï Zviaguintsev | Le cinéaste russe n’étant pas tout à fait l’équivalent fantaisiste d’un Roland Emmerich, la terreur n’est ici pas véhiculée par le monstre marin éponyme mais par une société implacable où la notion de caste sociale n’a rien de mythologique. Aux abords des mers froides du nord de la Russie, la lutte des modestes pour subsister face à la mécanique broyeuse et mafieuse des pouvoirs publics, et pourquoi pas religieux, est d’opposition fragile. Un drame glacial récompensé du Prix du scénario à Cannes il y a un an. (Classement 2014 : 15e/75)

UNE NOUVELLE AMIE**** de François Ozon | Stylé pour ne pas dire typé voire précieux, le cinoche d'Ozon est reconnaissable de loin. L'économie des personnages et décors ainsi que la bourgeoisie ambiante dont il abuse et ré-abuse (vous connaissez beaucoup de jeunes couples qui vivent dans de vastes pavillons de banlieue cossue?), parviennent toutefois à nourrir des histoires souvent étonnantes et excentriques. Déchaînant nos mœurs modernes, il fait une offrande royale à un Romain Duris aussi bon acteur... qu'actrice. (Classement 2014 : 20e/75)

AMERICAN SNIPER**** de Clint Eastwood | Peut-on encore faire évoluer son cinéma quand on a 84 ans comme ce bon vieux Clint ? Ça parait a priori difficile, et c’est ce que traduit ce « sniper américain » d’un classicisme eastwoodien total. Ce qui signifie que l’histoire est bel et bien touchante, l’interprétation tout à fait juste (Bradley Cooper, Sienna Miller) et donc le film efficace. En contrepartie, rien n’est imprévisible dans ce nouvel opus des héros modernes de la bannière étoilée : le conflit à l’autre bout du monde (l’Irak .V2) doit sauver le monde libre, les ennemis barbus sont des sauvages, le soldat US est rude, courageux mais aussi tendre et aimant, et notre héros, profondément tourmenté servira la cause patriotique de manière irrépressible, cela au détriment de son foyer. Classique de chez classique vous disais-je. (Classement 2015 : 6e/10)

LOCKE**** de Steven Knight | Imaginez un road-movie sous forme de huis-clos, soit le principe de mouvement… sans mouvement. C’est la trouvaille de ce scénariste britannique passé à la réalisation dont la caméra tourne autour du magnétique Tom Hardy. Installé au volant de sa voiture et éclairé par les seules lumières et phares des autoroutes, il est contraint, au rythme d’appels téléphoniques successifs, de confronter des impératifs incompatibles aux (bonnes ?) valeurs et priorités qu’il s’est jusqu’alors fixées. Le mécanisme n’est pas palpitant sur toute la durée mais rappelle au devoir d’introspection. (Classement 2014 : 30e/75)

PUZZLE*** de Paul Haggis | Lorsque l’on a atteint l’Olympe dès la première ascension, à quoi bon réitérer l’expérience ? C’est par une obsession manifeste pour le film choral que ce scénariste chevronné repart sur les plates-bandes de son magistral Collision, ten years after. Relations conflictuelles, ou au moins emberlificotées, et amours tumultueuses occupent les esprits et les cœurs d’une poignée d’humains reliés les uns autres. Sans le savoir bien entendu. C’est habile mais ressassé (quand on se souvient également d’un certain Robert Altman). La présence de Mila Kunis, sans fard, fatiguée, triste et émouvante, est la bonne surprise de ce casting touffu. (Classement 2014 : 47e/75)

UN ILLUSTRE INCONNU*** Matthieu Delaporte | Pas facile la transition entre le succès populaire du « Prénom » et ce drame farfelu où il est question d’usurpation(s) d’identité(s). Si l’idée, originale, donnait matière à tisser un grand puzzle à la David Mamet, sa conception - certes bien aidée par la fragilité de son personnage central - expose bien trop d’invraisemblances. Habitué des rôles plus ou moins effacés, Mathieu Kassovitz joue sur du velours, ou du moins sur une toile cirée. (Classement 2014 : 54e/75)