dimanche 29 novembre 2015

Réalité

Alain Chabat : entre rêve et Réalité ?

Les habitués du cinéma de Quentin Dupieux (comme de son univers musical sous l'identité de Mr. Oizo) ne sont pas dupes au point d'imaginer un seul instant que c'est une approche rudimentaire et réaliste de son art qui a pu déboucher sur le titre de son cinquième long métrage : Réalité. Cette vague manipulation provient de l'attribution du prénom Réalité à une petite fille prenant part à cette farce forcément ubuesque. La jeune enfant, bien décidée à mettre la main sur une cassette VHS bleue que son père a sorti des tripailles d'un sanglier tué à la chasse, délivrerait certainement la clé de l'énigme si elle parvenait à visionner son contenu. Par "clé", il n'est bien entendu nullement question de réponse rationnelle - puisque Réalité s'inscrit dans la même et inamovible mouvance circulaire que ses prédécesseurs Rubber ou Wrong -, mais plutôt de fragments de... réalité aptes à boucler la boucle, aussi absurde et inexplicable soit elle.
Idéalement relayé face caméra par un Alain Chabat absolument génial (ses enregistrements de bruits de douleur, le synopsis de son film et sa vison du cinéma sont aussi grotesques qu'hilarants) et un Jonathan Lambert dans son bocal, Dupieux ferait presque passé l'humour et les délires de ses aînés Les Nuls pour ultra-conformistes. A voir sans quête métaphysique et avec une grosse dose de recul.

Sorti en salles le 18 février 2015,
Réalité est disponible en DVD depuis le 17 juin

vendredi 13 novembre 2015

Black Sea

Adepte de films et documentaires chocs (Le dernier Roi d'Écosse, Un Jour en septembre, Mon meilleur ennemi, Jeux de pouvoir), le réalisateur écossais Kevin Macdonald n'avait pas tellement convaincu avec L'Aigle de la neuvième Légion sorti en 2011. Il revient discrètement avec Black Sea, un nouveau film viril exclusivement masculin, sorti en octobre directement en VOD, DVD & Blu-ray chez TF1 Vidéo.

Jude sous l'eau

C'est la crise chez les pilotes de sous-marin. Les navires de guerre de la seconde guerre mondiale n'ayant plus un usage économiquement viable de nos jours, un capitaine anglais - incarné par Jude Law - perd un job auquel il avait consacré l'essentiel de son existence, quitte à voir partir femme et enfant. Guère enclin à gamberger mais revanchard, ce dernier rebondit sur un "bon plan" qui lui est proposé par un vieux pote pour reformer un nouvel équipage et se mettre en quête dare-dare d'une cargaison de lingots d'or volés par les nazis, laquelle n'attendrait qu'à être ramassée, soixante-dix ans plus tard, dans une carcasse de sous-marin quelque part dans les abîmes de la Mer Noire.
Action, embûches, violences, fourberies et... trésor sont certes au rendez-vous, cependant par touches plus inabouties que modérées. Peut-on alors estampiller cette fiction de "film d'aventures" alors que nous ne nous sentons à peine embarqués dans un périple haletant ou simplement accrocheur ? La trame elle-même, associée à l'idée d'un submarine-movie, le suggère pourtant fortement. Mais l'avidité menaçante de personnages peu attachants (quelle que soit la personnalité des rôles de Scoot MacNairy, Ben Mendelsohn voire Jude Law, on ne les cerne  jamais vraiment), ainsi que l'absence d'humour et de début de sensations noient définitivement cette perspective. Dans ces conditions, l'épreuve du huis-clos dans ce monstre d'acier est presque fatale, d'autant que quelques vieilles références peuvent très vite rendre nostalgiques (Das Boot, Abyss, A la poursuite d'Octobre Rouge). La folie ambiante d'un Bong Joon-ho qui transpire dans son terrible Snowpiercer, vraie référence, dans un train incontrôlable cette fois, est celle-là même qui manque à un Macdonald piégé par sa tendance à toujours garder le contrôle. On aurait aimé qu'il se lâche plus, mettant en place pourquoi pas une vraie guérilla entre les deux clans, britannique et russe, opposant les membres de l'équipage. Trop prévisible bien que tragique, c'est ce manque de surprises fondamentales qui a dû bloquer la distribution en salles de Black Sea qui a encore le mérite de capter l'attention du spectateur jusqu'à la fin. Ce thriller sous-marin, finalement, rappelle à quel point le désormais quadra Jude Law est capable de tout jouer. Passé le temps des dandy et séducteur, celui qu'il faut voir - si ce n'est déjà fait - dans le récent Dom Hemingway, a toujours cette étoffe confortable et enviable des plus grands.

un sous-marin de tournage

L'édition DVD inclut un making-of d'une demi-heure très intéressant intitulé "Embarquez à bord". Dans un premier temps, c'est Jude Law lui-même, hyper professionnel et impliqué, qui nous fait visiter le navire dans ses moindres recoins, ce qui fait encore mieux réaliser la promiscuité, et par la même occasion l'irritabilité, qui peut régner dans ce type d’endroit débordant de testostérone. Marrant d'apprendre également que dans un sous-marin, les odeurs se côtoient en permanence et pas franchement très harmonieusement entre celles de transpiration et de nourriture pourrissante. C'est là un autre ingrédient insensible à l'écran mais contribuant à la tension de la communauté sous-marinière, base du chaos dans le film. La seconde partie se compose de rushs illustrés par les spécificités d'un tournage à la fois en espace restreint et milieu aquatique. Effectif réduit et précision sont la clé d'un travail d'équipe réussi.

usage très technique d'une caméra waterproof

ça se voit, ce n'est pas un yellow submarine

En partenariat avec l'agence Cartel

mercredi 11 novembre 2015

Une Chance de trop

Alexandra Lamy, une fille sans gars, mais avec un bébé à retrouver
Où trouver la motivation à regarder une série télé française ? Sempiternelle et grande question. Dans le fait qu’elle soit produite et diffusée par TF1 ? Non, puisque ce pourrait même être là LE critère rédhibitoire au regard des mixtures toujours plus indigestes que la toute-puissance chaîne number one du PAF a pour habitude de présenter à un public malléable et peu exigeant. Dans le casting peut-être ? Sauf qu'avec Alexandra Lamy en vedette, Pascal Elbé et Hippolyte Girardot en têtes d'affiche, la distribution n'est pas suffisamment affriolante pour nous faire sortir d’un scepticisme grandissant. Un beau nom à la réalisation alors ? Non plus. Frédéric Velle, connais pas. Sans espoir.
A moins que le genre de cette série n’évite de tourner définitivement les talons. C’est un thriller. L’attention revient. Ce thriller est adapté d’un best-seller d'une référence internationale du moment : l’Américain Harlan Coben. Le froncement des sourcils s’estompe face à l’écarquillement des yeux. Ce test improbable sera donc Une Chance de trop (dont le roman éponyme s'intitule Not a second Chance en VO), feuilleton de six épisodes d’une petite heure chacun.

Résultat des courses ? Comme on ne pouvait que le craindre, l'interprétation n'est pas à la hauteur du défi. L'ex de Jean Dujardin simule la souffrance et fait preuve d'un bel entrain dans les scènes d'action, mais on n'y croit guère. Quant à Elbé, Girardot et encore Abelanski, comment dire... S'ils avaient été footballeurs, on les aurait remplacés à la mi-temps. Seule Fanny Valette (sosie d'Olivia Ruiz) est vraiment impressionnante dans son rôle de salope sanguinaire. Au-delà de ces visages pas tant à leur avantage, les personnages demeurent cohérents même s'ils sont desservis par certains dialogues et situations parfois risibles (notamment dans les premiers épisodes). Si bien que l'on se dit que décidément, nous (la France) sommes toujours très loin du niveau d'excellence et de rigueur des créations anglo-saxones. Il fallait s'y attendre, c'est désormais un fait. En route pour le fiasco alors ? Non. Car reste le scénario, ingrédient un rien primordial. L'histoire est née des méninges tortueux et de la plume de Coben, ne l'oublions pas. On est sur les traces d'Hitchcock quand même, là! Alors, il faut le reconnaître, on n'a jamais été habitués à une trame aussi complexe et de tels rebondissements à la télévision française. Le test de l'intensité et du suspense avait déjà été passé et réussi au cinéma avec l'adaptation par Guillaume Canet de Ne le dis à personne. Ici, vous ne pourrez que vous prendre également au jeu et dévorer la série des six épisodes d'une traite, avec le même gloutonnement que le bouquin entre les mains lors de quelques heures de farniente estival.