vendredi 13 novembre 2015

Black Sea

Adepte de films et documentaires chocs (Le dernier Roi d'Écosse, Un Jour en septembre, Mon meilleur ennemi, Jeux de pouvoir), le réalisateur écossais Kevin Macdonald n'avait pas tellement convaincu avec L'Aigle de la neuvième Légion sorti en 2011. Il revient discrètement avec Black Sea, un nouveau film viril exclusivement masculin, sorti en octobre directement en VOD, DVD & Blu-ray chez TF1 Vidéo.

Jude sous l'eau

C'est la crise chez les pilotes de sous-marin. Les navires de guerre de la seconde guerre mondiale n'ayant plus un usage économiquement viable de nos jours, un capitaine anglais - incarné par Jude Law - perd un job auquel il avait consacré l'essentiel de son existence, quitte à voir partir femme et enfant. Guère enclin à gamberger mais revanchard, ce dernier rebondit sur un "bon plan" qui lui est proposé par un vieux pote pour reformer un nouvel équipage et se mettre en quête dare-dare d'une cargaison de lingots d'or volés par les nazis, laquelle n'attendrait qu'à être ramassée, soixante-dix ans plus tard, dans une carcasse de sous-marin quelque part dans les abîmes de la Mer Noire.
Action, embûches, violences, fourberies et... trésor sont certes au rendez-vous, cependant par touches plus inabouties que modérées. Peut-on alors estampiller cette fiction de "film d'aventures" alors que nous ne nous sentons à peine embarqués dans un périple haletant ou simplement accrocheur ? La trame elle-même, associée à l'idée d'un submarine-movie, le suggère pourtant fortement. Mais l'avidité menaçante de personnages peu attachants (quelle que soit la personnalité des rôles de Scoot MacNairy, Ben Mendelsohn voire Jude Law, on ne les cerne  jamais vraiment), ainsi que l'absence d'humour et de début de sensations noient définitivement cette perspective. Dans ces conditions, l'épreuve du huis-clos dans ce monstre d'acier est presque fatale, d'autant que quelques vieilles références peuvent très vite rendre nostalgiques (Das Boot, Abyss, A la poursuite d'Octobre Rouge). La folie ambiante d'un Bong Joon-ho qui transpire dans son terrible Snowpiercer, vraie référence, dans un train incontrôlable cette fois, est celle-là même qui manque à un Macdonald piégé par sa tendance à toujours garder le contrôle. On aurait aimé qu'il se lâche plus, mettant en place pourquoi pas une vraie guérilla entre les deux clans, britannique et russe, opposant les membres de l'équipage. Trop prévisible bien que tragique, c'est ce manque de surprises fondamentales qui a dû bloquer la distribution en salles de Black Sea qui a encore le mérite de capter l'attention du spectateur jusqu'à la fin. Ce thriller sous-marin, finalement, rappelle à quel point le désormais quadra Jude Law est capable de tout jouer. Passé le temps des dandy et séducteur, celui qu'il faut voir - si ce n'est déjà fait - dans le récent Dom Hemingway, a toujours cette étoffe confortable et enviable des plus grands.

un sous-marin de tournage

L'édition DVD inclut un making-of d'une demi-heure très intéressant intitulé "Embarquez à bord". Dans un premier temps, c'est Jude Law lui-même, hyper professionnel et impliqué, qui nous fait visiter le navire dans ses moindres recoins, ce qui fait encore mieux réaliser la promiscuité, et par la même occasion l'irritabilité, qui peut régner dans ce type d’endroit débordant de testostérone. Marrant d'apprendre également que dans un sous-marin, les odeurs se côtoient en permanence et pas franchement très harmonieusement entre celles de transpiration et de nourriture pourrissante. C'est là un autre ingrédient insensible à l'écran mais contribuant à la tension de la communauté sous-marinière, base du chaos dans le film. La seconde partie se compose de rushs illustrés par les spécificités d'un tournage à la fois en espace restreint et milieu aquatique. Effectif réduit et précision sont la clé d'un travail d'équipe réussi.

usage très technique d'une caméra waterproof

ça se voit, ce n'est pas un yellow submarine

En partenariat avec l'agence Cartel

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